Management Industriel et Logistique

La recherche sur les systèmes de production industriels et logistiques est l’un des axes les plus anciens du CGS. Sur le plan de l’enseignement, cet axe a conduit à la création, en 1986, de l’option Systèmes de Production à l’Ecole des Mines de Paris par Armand Hatchuel et Hugues Molet et au développement de nombreux enseignements dans d’autres écoles. Sur le plan de la recherche, une première phase de travaux a permis d’élaborer une nouvelle axiomatique des systèmes de production et une typologie des modèles industriels (Hatchuel et Sardas, 1994). Cette axiomatique a permis ensuite de caractériser les systèmes de production complexes (l’aéronautique, le spatial…) et de proposer des modes de pilotage adaptés. Les travaux ont concerné également les problèmes de gestion et de coordination des flux internes de la firme et leur impact sur la conception de nouvelles formes d’organisations dans les industries du vivant, travaux menés par Michel Nakhla entre 1989 et 1993.

Ces dernières années, une seconde phase de ces travaux s’est focalisée autour de l’élargissement de ces résultats vers les problématiques des chaînes logistiques. La notion de chaîne logistique a permis de relier des questions opérationnelles (approvisionnements ou distribution) à des enjeux majeurs d’organisation et de rentabilité pour les entreprises. Ces recherches poursuivent une double finalité : comprendre les stratégies industrielles et les modes d’organisation susceptibles d’améliorer les performances des firmes, modéliser les interactions entre les activités opérationnelles de pilotage des flux avec le développement durable, le marketing et la création de valeur.

La caractérisation des modalités de production manufacturières dans les pays récemment industrialisés. Un programme de recherche s’appuyant sur des missions industrielles menées dans différents pays a été initié (Corée du Sud, Chine, Inde, Mexique et Brésil). Au-delà des monographies publiées chaque année, une méthodologie issue des travaux de K. Ferdows a été appliquée en vue du développement d’une typologie de ces activités de production. Ces travaux ont donné lieu à deux articles publiés dans la RFGI et à un rapport confidentiel au MINEFI.

L’analyse des problèmes d’engagement dans le cadre de contrats incomplets. Ces recherches visent à explorer les formes de relations émergentes tant au niveau de l’amont de l’entreprise industrielle que chez les distributeurs en aval, ainsi que les dispositifs de gestions sur lesquels repose le renouvellement de ces relations. Dans ces situations on étudie plus particulièrement le rôle de la logistique intégrée, les formes de transactions et de contractualisation. Ces travaux ont donné lieu à des publications dans plusieurs revues (RFGI, International journal of production Management, Revue d’économie rurale, Economie et sociologie rurale…)

La transposition de méthodes de gestion développées pour un domaine de la chaîne logistique à d’autres domaines. Une première application a été réalisée, en proposant la transposition d’un outil de productivité industriel issu du juste-à-temps (le taux de rendement synthétique) aux activités de transport (voir E. Ballot et F. Fontane 2006). Les premiers résultats obtenus montrent un rendement synthétique de l’ordre de 10% seulement pour les transports des produits alimentaires au Royaume-Uni. Ce projet se poursuit aujourd’hui avec la labellisation en cours par le pôle de compétitivité national Logistique et un projet d’expérimentation.

Au cours des quatre dernières années, trois thèses ont été soutenues sur la modélisation des chaînes d’approvisionnement et les politiques de commande optimales (Séverine Gaucher), sur les stratégies industrielles d’approvisionnement et les relations verticales (Lamia Rouached et Sarah Hafsa soutenues à l’Agro et à Dauphine) co-dirigées par Michel Nakhla en collaboration avec Louis-Georges Soler de l’INRA, en partenariat avec des acteurs industriels. Une thèse a été soutenue sous la direction d’Eric Ballot et Hugues Molet sur le déploiement du partage de l’information dans la filière automobile (Maher Agi). Trois autres thèses sont en cours sous la direction de Michel Nakhla en collaboration avec l’Agro et Dauphine, et une sous la direction d’Eric Ballot et de Frédéric Fontane. Deux ouvrages ont été publiés :  » L’essentiel du management industriel « , Ed Dunod par Michel Nakhla et  » Systèmes de production et de logistique  » par Hugues Molet et Eric Ballot, Frédéric Fontane, J. Dutreil, Ed Hermès.

Le programme de recherche se poursuit aujourd’hui dans quatre directions principales

  1. Etude des formes de contrats dans les relations inter-firmes et chaînes d’approvisionnement. Les travaux appliqués à l’analyse de l’organisation industrielle des filières d’approvisionnement ont été marqués ces dernières années par une évolution importante. Auparavant les travaux étaient centrés sur l’optimisation, au niveau de chaque entreprise, des politiques de commande et de stockage face aux incertitudes concernant la demande et la gestion des flux de production industrielle. Les travaux se focalisent maintenant sur l’organisation des relations inter-entreprises, sur les formes de coordination à privilégier pour maîtriser les flux de produits, les stratégies d’offre du distributeur et les politiques de commande, en prolongeant les résultats déjà acquis (collaborations avec des firmes agroalimentaires dans plusieurs filières de production).
  2. Conception de schémas logistiques réduisant les émissions. La conception des schémas logistiques et du transport est encore largement dominée par la question de leur économie voire de leur qualité de service, et ce malgré l’apparition de la problématique environnementale. Le projet de recherche mené propose d’intégrer cette problématique à la conception des flux de produits de grande consommation. En effet, ces produits génèrent d’importantes émissions du fait de nombreux transports peu coordonnés entre les entreprises. L’objectif consiste à identifier les enjeux environnementaux d’une coordination horizontale et verticale entre donneurs d’ordres dans la refonte de ces schémas logistiques. A cette fin, un partenariat a été signé avec le Club Déméter qui regroupe les directeurs logistiques de nombreuses entreprises (Coca-Cola, Danone, Carrefour, Casino, Kraft,…) pour que les chercheurs puissent accéder aux données logistiques de ces entreprises. Les premiers résultats montrent des réductions des émissions de CO2 de l’ordre de 30% à iso moyens de transport et les conditions de l’emploi des réseaux ferrés permettant des gains encore plus significatifs. Le projet se poursuit actuellement avec une thèse financée par le réseau régional sur le développement soutenable (R2DS) de la région île de France. Ce projet a déjà retenu l’attention des médias à deux reprises.
  3. Interaction entre chaîne logistique et marketing. Cette recherche s’appuie sur un travail mené en collaboration avec deux marques automobiles. Une série d’entretiens sur le terrain, complétée par des analyses de données a montré que la diversité des produits réellement offerte aux clients était très réduite par rapport à la diversité conçue et réalisable. L’explication proposée repose sur une hypothèse de plasticité des préférences des clients face à l’embarras du choix théorique, au rôle de prescripteur des vendeurs et aux contraintes logistiques. Cette hypothèse a été validée par un modèle de type Monte-Carlo et les conséquences en retour sur les stratégies de pilotage explorées (voir, E. Ballot, B. Segrestin et B. Weil 2006 et 2007). Un prolongement de ces travaux vers des stratégies de conception de la diversité est aujourd’hui envisagé.
  4. Impact de la gestion de la chaîne d’approvisionnement sur la performance. Plusieurs travaux empiriques ou théoriques tendent aujourd’hui à indiquer que l’efficacité d’une chaîne d’approvisionnement globale se mesure par son degré de réactivité, de satisfaction des clients et de création de valeur pour l’entreprise. L’objectif est de prolonger ces travaux, en proposant d’associer aux démarches de rationalisation des chaînes d’approvisionnement des indicateurs de performance financière de l’entreprise pour tenter de concilier gestion industrielle et stratégie financière. Nos travaux consistent à expliciter comment il est possible d’envisager un  » couplage  » de ces démarches selon un modèle unifié de la performance que nous avons désigné par  » Value Based Supply Management » (Nakhla, 2006), aujourd’hui en cours de consolidation. Ce couplage est selon nous l’un des enjeux majeurs des années 2000 (collaboration Danone, un industriel de l’acier, Groupe GMP).